Né en 1965 au cœur de la Kabylie, dans le village de Tifrit Naït Oumalek situé au pied de l’Akfadou, Brahim Saci grandit dans une terre imprégnée de spiritualité et de traditions amazighes. Arrivé en France à l’âge de dix ans, il forge son identité intellectuelle entre Pierrefitte-sur-Seine et Saint-Denis, poursuivant sa scolarité à l’école Eugène Varlin puis au lycée Paul Éluard. Ce parcours dessine les contours d’un esprit précocement tourné vers les langues et les lettres. Après l’obtention d’un baccalauréat littéraire, il s’inscrit à l’Université Paris VIII où il décroche une licence en Langues Étrangères Appliquées. Bien qu’engagé en maîtrise, il choisit de délaisser son mémoire pour se consacrer pleinement à sa vocation créative.
Devenu un artiste pluridisciplinaire, Brahim Saci s’illustre comme auteur, compositeur et interprète, mais aussi comme dessinateur, portraitiste et caricaturiste — un métier qu’il a longtemps exercé sur les places emblématiques de Paris. Son expression artistique s’épanouit dans une polyphonie où se mêlent le trait, la musique et la parole médiatique. Sa voix s’est notamment fait entendre sur les ondes de Radio Bellovaque FM et de Beur FM, où il a animé des rubriques consacrées à l’histoire antique des Berbères au sein de l’émission du poète Moh Cherbi.
À la fin des années 80, son destin bascule lors de deux rencontres déterminantes dans le 20e arrondissement de Paris : celle de Si Tayeb Ali, chanteur, auteur-compositeur et musicien virtuose du chaâbi, et celle de Fatah Zerarga, alors étudiant en musicologie à l’Université Paris VIII. Grâce à ce compagnonnage musical précieux, Brahim Saci signe dès 1992 son premier album, Exil éternel, un vibrant hommage à Slimane Azem, figure tutélaire de la culture kabyle. Fort d’un répertoire riche d’une centaine de chansons — accessibles sur YouTube et sur son site officiel (brahimsaci.com) — il explore, à travers des albums tels que Craa, 30 ans après ou L’aube des Adieux, la dimension existentielle de l’être. Son œuvre traite avec acuité de la dissolution des liens fraternels face au matérialisme et dépeint le passage délicat, souvent empreint de désillusion, entre l’idéalisme du monde universitaire et la dure réalité du quotidien.
Son univers créatif est une passerelle entre deux rives : d’un côté, l’héritage profond de la chanson kabyle ; de l’autre, la rigueur poétique de Baudelaire, Rimbaud et Verlaine, ainsi que la force narrative de Brel et Brassens. Cette dualité nourrit une œuvre littéraire d’une fécondité exceptionnelle, jalonnée par la publication de vingt-cinq recueils de poésie depuis 2016. Ce cycle impressionnant trouve son point d’orgue avec la parution en 2025 de son vingt-cinquième ouvrage, L’encre des regrets, qui vient couronner une série de titres récents tels que La traversée, Le recueil perdu, ou La nuit retient l’aube. Son talent est d’ailleurs reconnu par ses pairs, ses ouvrages étant régulièrement préfacés par des intellectuels et écrivains de renom tels que Youcef Zirem, Kamel Zirem, Aziz Cheboub, Hamid Banoune, Jean-Pierre Luminet, Philippe André, Didier Aubourg, Jean-Yves Clément, ou Paul Ardenne.
Au fil de ses écrits et de ses compositions, Brahim Saci sonde avec une sensibilité à fleur de peau les profondeurs de l’exil et la nostalgie vibrante de la terre natale. Sa plume se fait l’écho des déchirements de l’âme, explorant avec pudeur les méandres et les cicatrices du cœur pour transformer la douleur du déracinement en une quête de sens universelle, tout en posant un regard lucide sur les travers de notre époque. Ancien journaliste et critique d’art, il déploie une œuvre à la fois intime et universelle, où l’héritage berbère et la langue française s’unissent pour porter un message d’humanisme partagé. Aujourd’hui, il continue de faire vibrer la création contemporaine, offrant à son public une traversée artistique où chaque vers et chaque mélodie cherchent à combler l’absence et à délivrer l’âme par la puissance des mots.
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