Commentaires
et analyses (page 4):
| Joies
amères |
J’aime la joie comme tout le
monde
Mais les plaisirs me viennent amers
Dans mon coeur l’orage gronde
Mon esprit vogue sur les mers. [...] |
Bien qu’il apprécie
le monde pour ce qu’il peut apporter
de joies, le poète ne peut ressentir
que de la mélancolie face à
ce même monde car il en perçoit
tous les mystères. Il sait bien qu’à
chaque médaille son revers et que ces
joies sont fatalement accompagnées
de souffrances qui épargnent encore
moins le poète puisque c’est d’elles
qu’il puise sa créativité.
La quête de l’absolu rend l’existence
difficile à vivre, le remède
du divertissement est sans effet sur le poète,
" les plaisirs amers ". C’est
l’ennui philosophique de Pascal (1623-1662)
et de Baudelaire devant la fuite du temps.
Le poète s’expose aux déceptions
et aux échecs ce qui l’amène
à prendre l’existence en dégoût.
Dans ce monde illusoire le poète aspire
à un monde meilleur, ainsi l’esprit
s’évade, il y a une invitation
au voyage, mais l’orage qui gronde annonce
la tempête, ce qui rend le voyage périlleux.
C’est les blessures des années
Qui me laissent seul dans la nuit
Je passe ma vie à errer
Dans Paris sous la pluie. [...] |
Paris, ville chère
à Brahim Saci, comme elle le fut pour
Baudelaire et Apollinaire. Brahim Saci évoque
sa solitude dans la ville. La nuit est le
royaume du poète, c’est le refuge
des âmes perdues.
Mes rêves brûlent dans
Paris
Battus par l’épais brouillard
Mon ciel est toujours gris
Voyez le soleil est rare! [...]
|
Le ciel de Brahim Saci
est un peu comme celui de Paris, gris, couvert
et orageux, mais le mauvais temps n’empêche
pas les rêves de brûler. On a
l’impression que le ciel de Brahim Saci
est lié à celui de la ville,
" le soleil est rare ". Il prend
les gens à témoin comme par
détresse, " voyez ".
L’exil me laisse sans abri
En proie aux quatre vents
Dans Paris s’élèvent
mes cris
Courbé sous le poids des ans.
[...] |
Le temps se déchaîne
à présent sur le poète,
et son exil intérieur le laisse sans
repère. Les appels sont couverts par
" les quatre vents ". En toutes
saisons les cris de Brahim Saci demeurent
sans écho.
Personne ne peut fuir ses peines
Une part nous attend un jour
A sa guise le destin nous mène
Nous aurons tous notre tour. [...] |
Brahim Saci a une vision
fataliste de la vie. Mais si nous subissons
les souffrances, il sait très bien
qu’après l’orage vient toujours
le beau temps, arrive toujours un jour meilleur,
même si nous ne sommes pas maîtres
de notre destin.
| La
Colombe |
Une colombe s’est envolée
Avec elle mes espoirs
Et la nuit vient de tomber
Je m’exile seul dans le noir.
[...] |
La colombe représente
plusieurs symboles. Tour à tour emblème
de la douceur, de la pureté et de la
paix, la colombe de ce quatrain pourrait tout
aussi bien symboliser un amour perdu ou la
liberté. Quoi qu’il en soit, elle
semble s’apparenter à la lumière
et à l’espoir. En effet, avec
elle s’en vont à la fois les espoirs
et le soleil, et son départ provoque
chez le poète l’apparition des
ténèbres ( " noir "),
le poussant à un exil intérieur
comme si elle représentait une source
de vie et une force créatrice.
Tu t’amuses à me narguer
O colombe capricieuse!
Tu sais que mes ailes sont mouillées
Mes pensées sont ténébreuses.
[...] |
Brahim Saci tutoie la
colombe, elle semble proche et pourtant si
lointaine. La colombe qui symbolise ici la
liberté se joue du poète qui
reste impuissant. Il semble qu’il soit
retenu prisonnier par un élément
intérieur, des entraves invisibles,
peut-être par ses souffrances internes.
Cette situation désespère le
poète puisqu’il ne peut voler
" mes ailes sont mouillées ",
le désespoir le plonge dans les ténèbres.
Les soucis qui creusent mon âme
Obscurcissent mes pensées
Les nuits cruelles m’enflamment
Et je peine à respirer. [...] |
Comme une petite mort,
le sentiment de privation de liberté
semble étouffer le poète peu
à peu. Son esprit ne connaît
aucun repos. Comme si le poids de l’existence
l’empêchait de respirer. Le feu
créateur devient ici destructeur.
O colombe tu t’amuses!
Tu voles dans la liberté
Même si tu planes tu ruses
Gare aux vents qui peuvent souffler!
[...] |
Le poète prend
ce qui lui arrive pour la fatalité
et le destin, mais il sait que les situations
peuvent changer. Ainsi il met en garde la
colombe qui dans son insouciance ne voit pas
les dangers qui la guettent, " gare aux
vents ".
Si l’espérance est partie
Le soleil se lèvera bien
Quand bien même tombe la nuit
Il y aura toujours un matin. [...] |
Brahim Saci achève
tout de même son poème sur une
note d’espoir marquée par l’opposition
du jour et de la nuit, et le triomphe du soleil
sur les ténèbres. Même
si le désespoir est présent,
un jour nouveau est toujours une lueur d’espoir,
" il y aura toujours un matin ".
Dans le cinquième album (1997), L’Aube
des adieux , nous sommes dès le départ
interpellés par le titre, " l’aube
" s’oppose à " adieux
". L’aube c’est la première
lueur du soleil levant qui commence à
blanchir à l’horizon, l’aube
précède l’aurore. L’adieu
est une fin, s’oppose à au revoir,
c’est un désespoir, c’est
la nuit. Mais malgré tout, demeure
l’espoir car après la nuit revient
l’aube. C’est aussi le déchirement
intérieur du poète face à
une réalité étouffante.
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