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Commentaires et analyses (suite)

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Commentaires et analyses (page 3):

La désillusion
Mon esprit veut s’envoler
Mais mon coeur est prisonnier
Même si je ris quelques fois.

Certains qui m’écoutent chanter
Des fois se plaisent à danser
Oublient le son de ma voix. [...]

Quand le poète chante, sa mélancolie s’exprime à travers ses textes et la mélodie. Seuls les êtres à la sensibilité profonde le comprennent. Seul dans la ville et parmi les gens, le poète, est un incompris que le désespoir envahit. Le poids des souffrances nécessaires à la créativité du poète lui pèse car il perçoit trop bien la réalité. Témoin privilégié de l’époque, du temps qui passe inexorablement, le poète voit mieux que quiconque la mort et la jeunesse emportée. Ainsi il cherche à s’évader au travers des mots qu’il écrit, mais en vain car même si la joie et l’espoir sont présents, c’est bien souvent le désespoir et la souffrance qui l’emportent. L’emploi de mots comme " danser " ou " ris " l’est dans une nuance telle qu'il marque bien le contraste avec les sentiments profonds du poète qui est en ce bas-monde pour rappeler à l’humanité que tout n’est pas joie et bonheur. Prisonnier de ses sentiments, le poète n’en oublie pas moins la gaieté qu’il peut apporter au monde. Cependant, il nous démontre que rien n’est plus fort que les mots et la voix, sauf pour ceux qui ne savent pas écouter.

Après l’Université
Comme l’enfant qui croit gagner
Je me retrouve parmi les loups.

Le vent commence à souffler
Et moi je suis emporté
Je me retrouve je ne sais où. [...]

La Vérité est bafouée, et le poète nous fait bien comprendre que l’époque a choisi le mensonge. C’est peut-être pour lui le pire des vices car il fait perdre la raison. Le mensonge ne peut mener qu’au mensonge et cette lutte pour la vérité ne peut se faire sans peine et sans souffrance. Les gens épris de liberté et de vérité se retrouvent souvent mis au ban de la société. Malgré des études universitaires, une intelligence certaine et la quasi-certitude de pouvoir se sortir des pièges de la vie, Brahim Saci réalise à quel point les hommes peuvent être pervers et cruels dans leurs comportements qu’il qualifie même de bestiaux, " loups ". Le loup est un prédateur qui chasse en meute, il faut faire partie de la meute si l’on veut s’en sortir. Le ciel du poète se couvre et le vent se lève, entraîné par la puissance des éléments, Brahim Saci même s’il ne sait où tout cela va le mener ne peut que subir son destin. Le poète constate que la grandeur devient un obstacle, la noblesse de l’esprit tombe en dérision. Inaptitude du poète à se mouvoir dans ce bas-monde. Brahim Saci exprime un mal métaphysique qui touche à la condition humaine. Si Mohand ou Mhand (1848-1906), Slimane Azem, Dostoïevski (1821-1881), Camus (1913-1960), Sartre (1905-1980), Steinbeck (1902-1968), Fitzgerald (1896-1940) nous ont apporté leur vision d’une humanité tourmentée dans un monde absurde.

Comme le vagabond des rues
Qui arpente les avenues
On s’écarte à son passage.

Moi, comme un enfant perdu
Toutes les rivières en crues
M’emportent dans leurs sillages. [...]

Le poète est avant tout un bohème, puisqu’incompris. On a dans ces tercets le sentiment que le poète est fui par ses contemporains. Il est bien connu que ce qu’on ne comprend pas fait peur et que les gens fuient le poète comme le plus grand de tous les maux. Malgré son besoin de solitude parmi les foules, le poète se retrouve désemparé face à cette situation. Ainsi il est comme un enfant perdu, déraciné, qui ne peut échapper à son destin. Même les éléments de la nature se déchaînent contre lui. L’eau symbole de pureté est ici dénaturée, en effet, " les rivières en crues " amènent une eau qui n’est plus ni limpide ni claire mais au contraire boueuse. Si celle-ci est devenue comme cela c’est par la faute du mensonge et de l’intolérance, ennemis de toute transparence et pureté.

Seuls les souvenirs nous blessent
Toutes les blessures de jeunesse
Celles qu’on ne peut oublier.

La vie passe et nous délaisse
Dans les regrets elle nous laisse
Et les souffrances du passé. [...]

Le poète est impuissant devant le temps qui passe. Il sait qu’il ne peut se détacher de ce passé qui le fait souffrir. Le poète erre dans les méandres des souvenirs de jeunesse, l’apaisement est rare. Il y a comme une volonté de vouloir oublier. Mais les souvenirs s’éloignent pour nous abandonner dans les regrets. Le poète est comme un captif enfermé dans cette fatalité inexorable d’où l’on ne peut s’échapper. Mais l’oubli semble impossible. On sent le désespoir du poète devant une réalité qui le laisse passif, pour lui rien n’est plus dur à supporter que les souvenirs qui nous apportent les regrets.

En nous se trouve la souffrance
Et à chacun sa pitance
Personne n’est épargné.

A chacun sa providence
Moi c’est la part de l’errance
Qui m’est sûrement destinée. [...]

Rien ne peut soulager la douleur du poète puisque la souffrance se trouve en l’homme, c’est sa destinée. On sent la lassitude, le désarroi du poète. Comme si l’homme se nourrissait de souffrances " à chacun sa pitance ". Le poète puisqu’incompris est condamné à " l’errance ". Il y a comme une résignation de la part du poète. Mais Brahim Saci sait
que l’errance lui permet d’aborder des rives lointaines qui favorisent la création poétique. Mais en même temps Brahim Saci est bouleversé car il n’a pas prise sur les événements. Il ne peut rien y changer puisque c’est le destin qui semble mener le jeu. Brahim Saci est très présent dans ce poème, comme dans tous ses poèmes, où s’exprime son expérience personnelle qui témoigne des joies et souffrances de l’existence. Le poète est sensible au caractère transitoire de la vie, à la fuite inéluctable du temps.

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