Commentaires
et analyses (page 2):
| Le
déclin des jours |
Abandonné
sur les chemins de l’exil
Seul dans la triste ville
Déjà trente ans et je
n’ai point d’abri.
Loin de chez soi rien n’est facile
S’égare l’existence
fragile
Et ma jeunesse s’éteint
dans Paris [...] |
Si le poète aspire
à l’universalité, il a
en même temps l’impression d’être
de nulle part. L’exil intérieur
du poète est une maoiése!ee!
!!!!!!!!!!!!!!! se fuir soi-même, mais cette fuite là
semble impossible. L’âme du poète
est en exil en permanence. Ce thème
récurrent chez Brahim Saci l’est
aussi chez Charles Baudelaire. Quels que soient
ses origines et le lieu où il vit,
le poète est un écorché
vif, qui voit passer le temps et le subit,
d’où la corrélation entre
le terme " exil " et le terme "
point d’abri ". En plus d’être
exilé de par sa nature de poète,
Brahim Saci l’est aussi car il vit loin
du pays qui l’a vu naître, ce qui
rend sa vie encore moins " facile "
et " fragile ". Il fait allusion
à la temporalité des choses,
il assiste impuissant à la jeunesse
qui " s’éteint ", avec
elle part la lumière.
Trente
années s’écoulent
déjà
Je suis comme ces feuilles d’Automne
Le vent souffle derrière mes
pas
Devant c’est l’orage qui tonne.
[...] |
L’Automne est une
saison qui succède à l’été
et précède l’hiver, caractérisée
par le déclin des jours, la chute des
feuilles, saison du spleen, saison des poètes,
thème cher à Baudelaire. Comme
la mort nul ne peut échapper à
la mélancolie, aux angoisses de l’existence.
Brahim Saci évoque sa solitude dans
la ville et ses foules et le choc du déracinement.
L’Automne est le symbole du passage d’un
monde à un autre, on pourrait presque
dire de la vie à la mort. L’âme
du poète est en errance entre le monde
réel et le monde imaginaire, comme
un observateur hors du temps, témoin
privilégié de ce qui guette
l’humanité et de ce qu’elle
ne soupçonne pas. Le vent souffle et
menace d’effacer les traces du poète.
C’est aussi une allusion à son
identité amazighe qui lutte pour sa
survie, l’avenir s’annonce orageux,
non sans sacrifice. Dans ce quatrain nous
avons des éléments annonciateurs
d’une tempête, " vent ",
" orage ".
Et
moi qui marche haletant
Tant le feu dévore mon âme
Comme celui qui sème le vent
Un vent qui attise mes flammes. [...] |
Le fardeau de l’existence
est lourd à porter. Le " feu "
évoqué ici pourrait être
comme un feu intérieur qui dévorerait
tout sur son passage. Le feu est aussi un
symbole de purification et de création.
C’est lui qui permet à Brahim
Saci de rester pur pour pouvoir voir et comprendre
les choses, mais c’est surtout le feu
intérieur qui le consume qui le pousse
à la création. Il alimente d’ailleurs
lui-même ce feu intérieur en
cultivant la souffrance qui est souvent à
la base de toute création artistique.
Le feu est bien une force créatrice
pour le poète, tout comme il le fut
pour Apollinaire (1880-1918) et Baudelaire.
Le
triste exil qui nous guette
Il nous gifle il nous opprime
Je ne chante pas pour la fête
C’est du feu que naissent mes rimes.
[...] |
Ici il ne s’agit
plus d’exil intérieur, Brahim
Saci fait allusion au drame algérien.
Celui-ci semble ne laisser entrevoir qu’une
porte vers un " triste exil ". Mais
fuir la terreur pour retrouver loin de chez
soi l’humiliation est une autre forme
d’oppression. Les divertissements sont
sans effet sur le poète. Brahim Saci
sait que la poésie est l’une des
réponses à la vie, entre espérance
et désespoir. Nous avons encore ici
évoqué le feu destructeur qui
devient purificateur et créateur. Les
rimes naissent du feu.
François Villon (1431-1463) écrivait:
" Au retour de dures prisons où
j’ai laissé presque la vie. "
Paul Eluard (1895-1952) écrivait: "
J’aurais bientôt perdu mon apparence,
je suis en terre au lieu d’être
sur terre, mon coeur gâché vole
avec la poussière. "
Voltaire (1694-1778) écrivait: "
Si l’homme a des tyrans, il les doit
détrôner. "
Le
printemps m’a délaissé
Ca y est les feuilles sont tombées
O course folle des années!
Ca y est les fleurs sont fanées.
[...] |
La jeunesse s’en
est allée, le symbolisme de l’Automne
est ici une façon d’évoquer
la mort. La vie prendrait-elle fin lorsque
la jeunesse s’en va ? Il y a là
une vision pessimiste de la vie, on devine
la tragédie de l’existence avec
la fuite du temps.
O
mes rêves vastes abîmes!
O rêves qu’on ne peut saisir!
Fugitive jeunesse sublime
Saison qu’on ne peut tenir. [...] |
Le désespoir guette
ici le poète et il le plonge dans le
néant. Il semblerait même que
les rêves ne soient liés qu’à
la jeunesse. On pourrait établir un
parallélisme entre " les rêves
" et " la jeunesse ", en effet,
tous deux sont insaisissables et on passe
notre vie à les poursuivre et à
tenter de les rattraper sans y parvenir. La
jeunesse ne serait-elle qu’un rêve?
" Les vrais paradis sont les paradis
qu’on a perdus " écrira Marcel
Proust (1871-1922). |